Une sculpture contemporaine pour ancrer la mémoire d’Oradour
Il y a près de 80 ans, la division SS Das Reich envahissait Limoges et sa périphérie, jusqu’à Oradour-sur-Glane. S’ensuivirent des exécutions massives de la population de ce bourg rural ainsi que l’incendie des lieux. Les hommes furent séparés des femmes et des enfants, ces derniers étant conduits dans l’église. La barbarie fut telle que l’identification des corps devint impossible. On compta 643 victimes.
« Pour lutter contre l’oubli », c’est ainsi que se nomme ce projet artistique : l’œuvre Paperbomb de l’artiste germano-italienne Nessi Nezilla (née en 1990) a été inaugurée à Oradour-Sur-Glane le 10 juin. D’autres versions de cette sculpture ont déjà été érigées dans trois autres lieux marqués par le conflit franco-allemand : Tulle, le Vieil Armand (Hartmannswillerkopf) et Mannheim. Ces installations ont donné lieu à l’interprétation de pièces de théâtre spécialement conçues pour l’occasion, par une quarantaine de jeunes issus de France et d’Allemagne.

L’œuvre Paperbomb de Nessi Nezilla, ici installée à Tulles en Corrèze.
Ces événements commémoratifs sont à l’initiative du consul honoraire de France à Mannheim (Allemagne), Folker R. Zöller, ainsi que du Salon Diplomatique, une association créée en 2016 à son initiative.
Le Salon Diplomatique rassemble une cinquantaine de personnalités issues des milieux diplomatique, politique, scientifique, économique, artistique et culturel, souhaitant encourager les échanges transfrontaliers. Il se veut « un catalyseur d’impulsions créatives », a indiqué Folker R. Zöller au Journal des Arts, et entend créer de nouveaux espaces de dialogue.
S’élevant à un peu plus de 200 000 euros, le coût du projet, comprenant l’œuvre et ses composantes, a été financé par des dons privés issus du réseau du Salon Diplomatique.
Si l’artiste Nessi Nezilla a été choisie, « c’est pour le potentiel de son œuvre à devenir un vecteur durable pour la culture et la mémoire européennes », a précisé Folker R. Zöller. Artiste engagée, s’attaquant aux questions sociétales telles que la guerre, la désinformation, la propagande ou le fanatisme religieux, elle joue avec Paperbomb sur les matériaux dont le traitement apporte une dimension poétique à son travail. Dans Paperbomb, réalisée en aluminium et pliée comme un origami, l’artiste « transforme la figure d’une bombe en un symbole de fragilité et d’espoir ». L’origami est également empreint de l’histoire de la Japonaise Sadako Sasaki (1943-1955), l’une des survivantes d’Hiroshima. Atteinte de leucémie à l’âge de 12 ans, elle aurait, selon une légende, réalisé 1 600 grues en papier lors de son hospitalisation jusqu’à son décès, accomplissant ainsi une mission symbolique.
Nessi Nezilla confie au Journal des Arts que le projet Paperbomb, bien plus que de l’art, est surtout une mission : « mettre le doigt sur ses atrocités pour que nous ne les oublions pas ».
Folker R. Zöller a confié avoir été immédiatement touché, tout comme son collègue Helmut Augustin, membre du comité directeur du Salon Diplomatique, « par la force esthétique et la symbolique profonde de l’œuvre. L’approche artistique de Nezilla – utiliser l’art comme un pont entre le dialogue, la compréhension et la réconciliation – nous a profondément émus et entièrement convaincus ».
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